La mort d’un enfant …

 Source http://www.journaldequebec.com/2015/01/29/la-mort-dun-enfant

Gilles Proulx

Un cancer du sang vient de tuer mon petit-fils de 15 ans. Il était de 60 ans mon cadet, mais il est parti avant moi. Mon fils, son père, est dévasté. Que puis-je dire pour consoler mon grand garçon qui vient de perdre son enfant ?

La solitude du vieillard, c’est le rétrécissement du cercle d’amis. Les gens disparaissent petit à petit. Un homme de mon âge a l’habitude des funérailles. Ce sont même souvent des occasions de revoir de vieilles connaissances perdues de vue. Ça se termine autour d’un repas amical. (Ne blâmez donc pas les vieux de courir les funérailles: c’est parfois tout ce qui leur reste de vie sociale!)

Or, j’ai vécu beaucoup. Et ces amis qui tombent comme des mouches autour de moi ont eux aussi eu des vies bien remplies. Après des décennies de décrépitude progressive pour vous préparer mentalement, ça semble naturel de mourir.

Le choc

Le scandale absolu, c’est la mort d’un enfant. Parce que sa vie n’a pas encore eu le temps d’avoir eu lieu. Plus un enfant meurt jeune et plus on a l’impression qu’un destin cruel l’a fait venir au monde juste pour ensuite l’en arracher douloureusement.

Pendant quatorze mois, je rendais régulièrement visite à l’hôpital à mon petit-fils, prénommé Napoléon en l’honneur de ce grand personnage qui disait: «L’avenir d’un enfant est l’œuvre de sa mère.»

Au début de sa leucémie, un professeur servait de tuteur à Napoléon pour le tenir à jour dans ses études. Parce que nous lui supposions un avenir.

Au fil des mois, avec la brutalité des traitements de chimiothérapie et les opérations à répétitions, mon pauvre Napoléon n’était plus du tout en mesure d’apprendre quoi que ce soit. Il souffrait trop.

Nous avions conscience de l’inéluctable échéance. Sa mort n’en est pas moins un choc.

Des insectes et des âmes

Combien de milliards d’humains sont morts? Combien sont revenus pour nous parler de ce fameux autre côté? Aucun.

Le prêtre a beau faire une grande litanie pour dire que nous partons dans un monde meilleur, je me demande souvent en quoi nous ne serions pas comparables à ces insectes dont parlent les bouddhistes, qui leur supposent une «âme»?

Je nous juge prétentieux d’attribuer des âmes aux insectes quand c’est plutôt nous qui, lorsque notre heure est venue, mourrons écrasés comme des insectes. Quels que soient ton statut, ton âge, ta richesse, tu te fais écraser. Point à la ligne.

Les parents d’enfants qui meurent se demandent souvent pourquoi. Mais il n’y a pas de pourquoi. Pas d’explication.

Tout le courage et l’amour de son père, de sa mère et de ses grands-mères, qui l’ont veillé jusqu’à la fin, et le dévouement et le professionnalisme des gens de l’Hôpital de Montréal pour enfants, n’ont pas pu le sauver, mais Napoléon a su qu’il était aimé.

Qui a averti Pierre Bruneau? Lui qui a perdu son fils Charles à la leucémie, il m’a appelé pour m’offrir ses condoléances. Ces vœux, de la part d’un quasi-inconnu, m’ont quand même réchauffé le cœur.

Source http://www.journaldequebec.com/2015/01/29/la-mort-dun-enfant</strong>

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