Voici ce qui est inscrit sur la tombe de Jim Morrison au cimetière du Père-Lachaise.

Je suis un homme de mots

Jim MorrisonJim-Morrison-poesie-mots-poete-porteLa vraie poésie ne veut rien dire, elle ne fait que révéler les possibles. Elle ouvre toutes les portes. A vous de franchir celle qui vous convient …

– Jim Morrison

 James Douglas Morrison. Poète 1943-1971 ». Voici ce qui est inscrit sur la tombe de Jim Morrison au cimetière du Père-Lachaise. Principalement connu comme chanteur du groupe The Doors of Perception, il était avant tout poète. Allergique à la guerre, aux conventions, aux théories de mœurs, son écriture est visionnaire, engagée, belle et rare

Je suis un homme de mots

– Jim Morrison

L’ensemble des écrits de Jim Morrison traduits en français à ce jour est publié aux Éditions Christian Bourgeois, dans Écrits (édition bilingue, 1996) : Seigneurs et Nouvelles créatures (Lords and the new créatures), Une prière américaine (An american prayer), Wilderness (Wilderness), La nuit américaine (The American Night), Arden lointain (Far Arden).

L’écriture de Jim Morrison, encore peu connue en France, est d’une puissance, d’une qualité rare. Elle n’a jamais, à ma connaissance, été entendue sur une scène de théâtre. Artiste engagé, allergique à la guerre, aux conventions, aux théories de mœurs, il crie sa révolte contre cette schizophrénie arrogante de l’Amérique prêchant la liberté et opprimant ses minorités.

Au lycée, alors que ses camarades de classe idolâtraient des chanteurs, des acteurs et des sportifs, les héros de Morrison se trouvaient sur les rayons des bibliothèques : Blake, Baudelaire, Rimbaud, Sartre, Céline, Genet, Maïakovski, Kerouac, Nietzsche, Kafka… Les énormes références littéraires dont il s’est doté très tôt allaient modeler toutes ses créations par la suite.

Pour lui, une chanson est avant tout un poème mis en musique. Il voulait être écrivain et poète dès son plus jeune âge. Il répéta souvent qu’il se mit à la musique pour que ses textes soient écoutés par le public le plus vaste possible.

Le 8 décembre 1970, à l’occasion de son 27ème (et dernier) anniversaire, Jim Morrison s’offrit un cadeau particulier : il loua un studio à Village Recorders à Los Angeles pour enregistrer ses poèmes. Puis il quitte brutalement les Etats-Unis pour vivre à Paris et tenter de trouver un semblant d’anonymat afin de se consacrer à l’écriture. Son dernier enregistrement aura lieu à Paris, un CD pirate Jim Morrison, The last Paris Tapes, disque extraordinaire où Morrison déclame sa poésie sans musique si ce n’est deux ou trois notes de piano de temps en temps…

Pour Jim Morrison, la poésie était une nécessité. Certains diront de lui qu’il a été une rock star par accident. Il a écrit plus de deux milles pages sans compter celles égarées, jetées…

de William Blake : « Si les portes de la perception s’ouvraient, toute chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est, c’est-à-dire infinie » ; et de celle de  l’écrivain, le poète, James Douglas Morrison. : « Il y a le connu, il y a l’inconnu, entre les deux se trouvent les portes », avec comme objet central les mots de Jim Morrison 

Extrait de « La nuit américaine »

Comment devenir
révolutionnaire
acteur
(prophète !)
ou poète

II y a toujours de bons amis
pour vous aider et vous secourir
lubie Mercenaire
pour elle ou pour lui

D’abord devenez
Visionnaire-Scientifique
radiocal biochimical
aviationnaire plongeur-du-ciel
Puis contactez votre comp-
table local (il vous dira
comment répandre les graines du doute)

Extrait de « Wilderness »

Les acteurs doivent nous faire croire
à leur réalité
Nos amis ne doivent pas
nous donner l’impression que nous jouons la comédie

Les voici, pourtant, dans la lenteur
du Temps

Mes mots fous
glissent en fusion
et risquent de perdre
contact avec le sol

Alors étranger, deviens
plus fou encore

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  • Je suis un homme de mots 

(…) L’écrivain beat Michael McClure découvre par hasard les écrits de Morrison.

Il est aussitôt convaincu. Les poèmes lui font une « impression formidable », et il pousse Jim à les publier. Mais, du fait de sa notoriété, Morrison vit mal le passage à la publication. Il redoute que ses poèmes soient accueillis comme une facétie, le caprice intellectuel d’une rock star, et que le public place immanquablement le masque du chanteur sur le visage du poète. Or, pour Jim, l’écriture constitue l’axe central, l’élan créatif premier : « Je suis un homme de mots. » Ainsi, pas question de placer sa photo en couverture, ni de conserver son nom de scène. L’écrivain, totalement dissocié du chanteur, se nomme James Douglas Morrison. Le rock ne représente plus pour lui qu’une façon « amusante » de gagner sa vie, une expérience parmi d’autres. Jim opte pour l’auto-édition, une pratique qui lui permet de maîtriser totalement la conception de l’objet livre.

En avril 1969, Jim Morrison fait publier à cent exemplaires un ensemble de quatre-vingt-deux pensées sur le regard et le cinéma : The Lords (Notes on Vision). Ces « visions rimbaldiennes » – ou « éphémérides », selon l’expression du poète André Velter – datent des années de fac.

Morrison fait aussi imprimer New Créatures, un ensemble de poèmes placés sous l’influence de Lovecraft, Whitman et Jérôme Bosch. Des textes tourmentés – Éros et Thanatos, sexe et mort – et parfois désespérés, dans un univers animalier (…)

– Jim Morrison